« Je crois, me confia-t-il avec candeur, que je ne suis pas encore mûr pour la poésie. »

Je souris : la poésie est un don du ciel ; on le reçoit en naissant. Et il est infiniment moins rare d’écrire à vingt ans un glorieux et douloureux poème d’amour, inoubliable, éternel, qu’un bon roman. Mais justement il poursuivit :

« Ce que je vois, c’est un roman… Un roman immense !

— Allez-y, Pamphile, allez-y !… En cet instant la mode est aux autobiographies. Cela n’est pas tout à fait de mon goût, me paraissant prouver une espèce de resserrement, de dessèchement, même, de la faculté d’invention chez nos jeunes confrères. Un roman autobiographique, ce n’est guère que du lyrisme psychologique en prose : un genre bâtard. Toutefois on nous en a donné de fort bons ; il ne faut décourager personne. »

Pamphile fit serment que ce ne serait pas une autobiographie ; qu’autour de son personnel désastre sentimental on allait voir toute la France contemporaine, et des scènes, entièrement inédites, de la vie provinciale.

« Vous connaissez la province ?

— J’y vais tous les ans, deux mois…

— Et quel genre de personnes y voyez-vous ? »

… Je compris, à son explication, que c’étaient d’autres Parisiens en villégiature, le chef de gare, le jardinier et un ou deux hobereaux.

« Faites, Pamphile, faites ! Et ne manquez pas de me tenir au courant des progrès de votre ouvrage. »