— Alors, lui dis-je, tu ne regrettes pas tes grandeurs ?
— Non, fit-il, sincèrement : ici la vie est beaucoup plus facile ! Je n’ai à me soucier de rien…
En effet, il ne se souciait de rien. Toutefois, y réfléchissant, il me déclara que, pour lui, Paris manquait de femmes. Je répliquai que ce n’était pas l’opinion générale.
— C’est possible, me répondit Partonneau, mais alors c’est que je ne sais plus « manière ». A Madagascar, je n’avais qu’à m’adresser aux governora madinika, les chefs des notables, qui m’envoyaient tout de suite ce qu’ils avaient de mieux. Ici, il n’y a pas de governora madinika : cela me manque.
Je lui fis remarquer qu’il y avait un préfet de police ; il me pria de ne pas me payer sa tête. Mais je ne croyais pas si bien dire, ainsi qu’on verra.
Deux jours plus tard, il m’apprenait qu’il avait trouvé « quelqu’un ». Ce quelqu’un s’appelait Émilienne. Comme je m’informais de l’endroit où il l’avait rencontrée :
— Mais dans la rue ! Où veux-tu que ce soit ?
Il ajouta qu’il l’avait installée chez lui, que c’était une personne très comme il faut, bien agréable, et qu’elle avait des vertus d’intérieur.
Je supposai que c’était à cause de ces vertus d’intérieur qu’on ne voyait jamais Émilienne. Partonneau allait au Mahieu sans elle, dînait sans elle à la brasserie du Panthéon, retournait jouer à la manille, au Mahieu, sans elle, et ne partait que vers minuit.
— Partonneau, lui dis-je timidement un soir, qu’est-ce qu’elle fait, ton Émilienne, pendant ce temps-là ?