— Elle m’attend en mangeant des marrons. C’est une femme qui adore les marrons, avec du vin blanc. Chaque tribu a ses mœurs.
Je me permis de lui faire observer que les mœurs de la tribu parisienne ne sont pas, généralement, si simples ; que les femmes, chez nous, aiment la distraction ; que, de plus, elles souhaitent d’ordinaire que leurs amis fassent l’étalage public de leurs attraits et de leur toilette.
— Je me souviens, reconnut Partonneau, d’avoir lu ces particularités dans certains ouvrages qui traitent de la matière. Mais Émilienne est différente. Elle ne demande pas du tout à m’accompagner. Je la vois le soir, quand je rentre, et le matin, où elle fait le ménage, cependant que je travaille à ma grande carte, au cent millième, du nord-est de Madagascar. Cela nous suffit à tous deux.
Toutefois, il advint un jour que Partonneau vint s’asseoir à mes côtés, la figure légèrement attristée.
— C’est curieux, me dit-il, Émilienne a été prise dans une rafle !
— Dans une rafle ? Comment cela ?
— Comme il paraît que ça se fait : par la police. Elle se promenait sur le boulevard, et la police l’a emmenée…
Je compris pourquoi Émilienne ne tenait pas à accompagner Partonneau le soir : elle avait d’autres occupations, et ne passait pas décidément tout son temps à manger des marrons.
— … Et elle a fait prévenir la concierge, poursuivit Partonneau, qu’il me fallait aller la réclamer à la préfecture de police.
— Et tu iras ?