»  — Vous ne savez pas pendre ? crie Plévech avec autant de stupeur que d’indignation. C’est impossible ! Tout le monde sait pendre !

»  — Mais non, je vous assure…

»  — Tout le monde sait pendre : c’est la chose la plus facile. Vous avez bien une corde ?

»  — Oui…

»  — On fait un nœud à double épissure… Tenez, comme ça !… Il n’y a plus qu’à trouver un arbre : ce doubalel, avec sa grosse branche, par exemple. Il a l’air d’avoir été fait pour ça… Il faut aussi une table… Mais la voilà : celle devant laquelle nous sommes assis… Toi, le condamné à mort, enlève la nappe… Elle est enlevée ?… Mets la table sous la branche. Appelle mon boy.

» Le boy de Plévech arrive à l’ordre, Plévech lui fait accrocher la corde.

»  — Et maintenant, dit Plévech à Mamy-N’Diaye, monte sur la table.

» Le pauvre Mamy-N’Diaye, qui depuis six ans qu’il était condamné à mort n’avait jamais fait autre chose qu’obéir, monta sur la table.

«  — Mais, proteste Bouffiot, ça ne vous regarde pas, cette affaire-là !

»  — Est-il condamné à mort, oui ou non ? Je ne connais que ça. Une administration qui n’exécute pas les sentences parce qu’elle ne sait pas pendre ! C’est à n’y pas croire ! Quand je raconterai ça… Boy, mets la corde au cou du condamné… Bon !… retire la table… Il n’y a qu’à retirer la table.