Je retrouvai dans ses yeux cette étrange illumination qui m’avait frappé si souvent, du temps qu’il était lui, tout à fait lui : le si terriblement perspicace Partonneau.

— Attends encore quelque temps. Je te donnerai une « décision », comme tu dis, le jour où nous aurons une décision dans l’affaire Blazeix.

— L’affaire Blazeix ? Quelle affaire ? Et quel rapport ?

Il haussa les épaules.

— Tu verras. Attends, te dis-je.


Un mois plus tard, la Banque du Pacifique, sans suspendre entièrement ses paiements, avouait ses embarras, sollicitait le secours des autres établissements de crédit. Il se pouvait qu’elle l’obtînt ; il se pouvait aussi qu’elle sombrât. On ne savait rien. Une seule chose était sûre : c’est qu’elle devait réduire ses entreprises, pratiquer de larges économies sur son personnel. Il ne partirait jamais pour l’Extrême-Orient, il ne jouirait jamais de son magnifique salaire, le pauvre Blazeix ! Je le rencontrai le lendemain du jour où ces mauvaises nouvelles commençaient de se répandre. Il serait inexact d’écrire qu’il ne paraissait en éprouver nulle déception, mais il avait si bien su, toute sa vie, se passer d’argent, il avait si peu de besoins ! « J’avais fait un rêve, un joli rêve, me dit-il, voilà tout ! C’est un peu ennuyeux !… » Puis il me parla, sans transition, de ses essais sur la résistance des fibres d’un textile nouveau qui venait de lui parvenir de Madagascar. Brave Blazeix ! C’était un homme qui ne songeait qu’à travailler, pour le plaisir : « Il faudra que vous veniez voir ça, à mon laboratoire de Saint-Mandé, ajouta-t-il ingénument. Ça, et d’autres choses… Connaissez-vous ?… »

Il tira de sa poche deux ou trois graines desséchées qui ressemblaient aux cosses d’un très gros haricot, ou encore à celles que laissent tomber, vers la fin de l’automne, certains arbres acclimatés dans nos pays, tels que l’acacia ou le vernis du Japon.

— J’ai reçu ça, il y a cinq ou six semaines… Très intéressant : c’est le moukiga, le poison utilisé le plus fréquemment par les sorciers du Congo. On broie les graines dans l’eau de la boisson, tout simplement. Le philtre agit en quelques jours ou en deux, quatre, six mois, à la volonté de l’opérateur : ça dépend de la dose, et la mort est naturelle, tout à fait naturelle, produite par des perforations de l’intestin qui rappellent, à s’y méprendre, les effets d’une entérite aiguë… La cause véritable ? Un alcaloïde tout à fait spécial. Je l’ai obtenu, l’alcaloïde, à l’état pur, et essayé sur des cobayes : alors c’est foudroyant !

Il me montra un petit tube.