» — Y a plus d’ classe pour nous, dit Bonvin. On est des condamnés aux travaux. Fais pas l’ zouave.
» — Alors, dit Bonvin, y a pas. J’ demande à passer l’ conseil !
» — A quoi ça servirait ? je d’mandai. Mais tous, au même moment que je m’ parlai, on vit l’ coup. Si qu’on passerait l’ conseil, on s’ sortirait du trou.
» — Y a combien, d’ici l’ conseil ? fit Bargouille.
» — L’ conseil, répondit Malterre, c’est à Sfax : cent quatre-vingts kilomètres ; neuf étapes.
» Ça faisait neuf jours qu’on pourrait marcher la route ! Ah ! c’était chic, ça, c’était pur ! Il m’ sembla qu’ j’entendais d’ la musique, j’ m’enlevais ! Personne causa plus de toute la journée. On s’ regardait. J’ sais pas qui dit à la fin :
» — Y en a un qui doit être crevé. Les autres, on pass’ra l’ conseil.
» — C’est comme ça, continua Malterre, qu’on se l’est fait à la bloquette, pour savoir qui ça s’rait qui s’rait crevé. Ça n’a pas traîné : c’est Bonvin qui a perdu. Il a dit : « J’ai pas d’ chance ! C’est toujours moi qui paye les consommations ! » Après ça, il a fermé les yeux pendant qu’on r’tirait pour savoir qui c’est qui lui f’rait son affaire. C’est Bargouille qui a perdu. Il a dit seulement à Bonvin :
» — C’est moi qu’ j’y vais, mon pauv’ vieux. M’en veux pas.
» Mais Bonvin n’a pas rouvert les yeux. Il a pas voulu. Il s’est laissé faire sans piper. Et nous deux, Coldru et moi, j’ jure qu’on n’a pas bougé. Dis, Bargouille, si on a bougé !