L’horloge de la gare marquait l’heure, moins une minute. Il s’engouffra dans l’escalier.
VIII
LE LIÈVRE
Marchant à côté d’une jolie femme blonde, élégante et très fine, qui le tenait par le coude, un homme encore assez jeune passa, très beau, brun de peau, avec des prunelles très douces et très éclatantes à la fois et ce je ne sais quoi, dans le port de la tête et du buste, qui trahit l’officier. Il regarda Barnavaux, et je vis que Barnavaux le reconnaissait. Mais le soldat n’eut pas ce geste si fréquent des subordonnés qui rencontrent un supérieur vêtu en civil et commencent par habitude, sans l’achever, le salut réglementaire. Ce fut l’inverse, exactement. Barnavaux parut regarder quelque chose, avec une hypocrite attention, à la devanture d’une boutique. Et l’officier continua sa route sans rien distinguer peut-être d’extraordinaire à cette scène.
— Oui, dit Barnavaux, répondant à mon interrogation, il est de mon bataillon, mais il est en civil : alors, je n’ai pas à le reconnaître, n’est-ce pas ?
— Il y a eu une paille entre vous ? demandai-je, sachant que Barnavaux n’est pas facile à mener.
— Une paille ? Jamais rien. Seulement, c’est un bounioul : un nègre, si vous voulez.
— Allons donc ! fis-je. Il est aussi blanc que vous et moi.
— Ça ne fait rien, persista Barnavaux, têtu : il a du sang noir !
Je n’aurais jamais soupçonné dans l’âme de Barnavaux les mêmes préjugés de race que chez les Américains du Nord, et je le lui dis avec des mots énergiques et l’expression d’une indignation généreuse.
— C’est un homme comme vous, ajoutai-je. Seulement, il est plus agréable à regarder et mieux élevé.