»  — Tu es un œuf de tortue ! On te donne des lettres, un grand mandarin français te donne des lettres, et, au lieu de les garder sur ta poitrine, tu les mets dans ta malle, avec les vêtements qui doivent couvrir ton corps méprisable ? Tu l’avoues ?

»  — Oui, dit le Chinois.

»  — Eh bien, tu recevras mille coups de bâton.

» Le Chinois reçut les coups de bâton, conclut Barnavaux, et ça lui apprit qu’en Indochine, et même en Chine, un Chinois ne doit pas être traité comme un blanc. C’est la sagesse et la politique qui le veulent. Vous autres, vous n’en savez rien. Vous ne savez rien. »

X
PIERRE-CÉSAR

Louise accoucha d’un garçon, le 12 février dernier, au pavillon Baudelocque. Barnavaux fut prévenu dès le lendemain et il m’avertit. Seulement il fallut attendre le jour où les visites sont autorisées, pour aller la voir avec lui. Je ne compris pas d’abord pourquoi : puisqu’il était le père, n’est-ce pas ?…

A dix heures du matin, je l’attendis à la station de Port-Royal, sur l’avenue de l’Observatoire. Le pavillon Baudelocque, c’est presque en face, il n’y avait pas loin à aller, ça se trouvait bien ! Et je le vis arriver rasé de frais, la moustache relevée au fer, « roulée en dessous », astiqué comme pour une revue, et l’air assez grave, bien que joyeux. Ça lui faisait de l’impression, d’avoir un fils, et il ne le cachait pas.

A la porte du pavillon, Barnavaux demanda au concierge :

— Madame Collot, s’il vous plaît ?

Je le regardai, un peu étonné, mais le concierge comprit tout de suite. Il répondit sans hésiter :