» Alors il dit :

»  — Je me rembarque ! Je me rembarque ! J’aime mieux retourner en Chine tout de suite !

» Il retourna en Chine, et il n’était pas content. Un Chinois, ça conserve sa rage encore bien plus longtemps que nous. Et celui-là, il avait été traité par les Français de Saïgon autrement que par ceux de Paris. Il avait vu la différence, et c’est ça qui lui rendait la salive si amère dans la bouche. Il alla trouver, à Pékin, un ministre de son pays, un grand ministre, je ne sais plus lequel. Mais il fut d’abord obligé de lui faire les laïs, de se mettre sept fois de suite à quatre pattes devant lui, le nez par terre ; et ça aussi lui prouva qu’il n’était plus en Europe. Quant au ministre, il trouvait que ce n’était pas encore le moment de se brouiller avec les gens de l’Ouest. Plus tard, on ne sait pas… Il réfléchit une petite minute et demanda :

»  — Les lettres que tu as reçues étaient les lettres d’un grand mandarin français ?

»  — Elles étaient d’un grand mandarin de France, c’est la vérité des vérités, dit le Chinois.

»  — Et où les avais-tu serrées ? demanda encore le ministre.

»  — Dans ma malle, répondit le Chinois.

» Alors le ministre lui dit d’une voix magnifique, comme sur le champ de manœuvres :

»  — Sais-tu ce que tu es ?

»  — Vous êtes mon père et ma mère ! dit le Chinois.