— C’est bien de l’or, demanda-t-elle, c’est de l’or vrai ?…

— Oui, dit Barnavaux fièrement, veux-tu que je lui passe ?

Elle accepta, les yeux brillants, Barnavaux souleva la petite tête ridée. Louise recommandait :

— Ne lui fais pas de mal !

Non, il ne lui faisait pas de mal. Il avait du respect, des précautions parce que cette nuque toute rouge, et ce cou de poulet, ça n’était pas solide, bien sûr — et c’était à lui ! Il laissa ce beau cœur en or luire par-dessus la couverture du berceau, pour la magnificence. C’était Louise qui avait toujours souhaité cet ornement pour son petit, et Barnavaux ne s’en était pas étonné : il avait vu tant de fétiches ! Moi, je pensais à la bulle d’or des Romains enfants.

Tout à coup, dans l’un des dix-huit berceaux, un des nouveau-nés commença de vagir : un vilain miaulement aigu, comme celui d’un chat. Puis ce fut un autre, et encore un autre, enfin tous ceux de la salle, et le petit de Louise lui-même. Ça faisait mal aux oreilles, de les entendre, quand on n’en avait pas l’habitude.

— C’est toujours comme ça, expliqua Louise, d’un air savant. Quand il y en a un qui se réveille, de ces moucherons, tous les autres font la même chose.

Et elle présenta le sein à l’enfant, qu’une garde venait de lui mettre dans les bras, et qui se tut : dans le fourreau de ses langes, il avait l’air d’une bouteille qui se remplit.

— Il n’est pas cher à nourrir pour le moment, dit Louise… C’est plus tard qu’il coûtera, quand on lui donnera le biberon… Et moi ça me fait plaisir. C’est curieux, comme ça fait plaisir. Figure-toi qu’il y en a des tas ici, surtout quand elles ne connaissent pas le père, elles ne veulent rien savoir, pour garder le petit. Elles crient : « Qu’on m’en débarrasse ! qu’on le donne à l’Assistance ! » On ne leur dit rien, mais quand les seins commencent à leur faire mal, on leur passe le gosse, et si elles lui laissent prendre une seule sucette, elles ne veulent plus s’en séparer : c’est fini. Je comprends ça !…