«  — Bon Dieu d’bon Dieu du sacré tonnerre de Dieu, que j’fais, en v’là une sévère ! C’est-il une façon d’employer les voitures publiques, ça ? Qu’vous allez toute me la gâter ! C’est-il un hôpital, une maternité, ma diligence ? Et mon horaire, hein ? Et la correspondance à Saint-Claude ? Qu’on va la rater, c’est sûr, la correspondance !

« Là-dessus, les trois femmes de se précipiter comme si elles voulaient m’arracher les yeux : Que j’étais une brute, un sauvage, un assassin, et que c’était ma faute, à cause des cahots.

«  — Les cahots, j’dis, c’est pas mon affaire, c’est l’affaire des ingénieurs. Allez vous plaindre aux ingénieurs. Et pour ma voiture, c’est une bonne voiture, y a pas meilleure. Elle est pas faite pour les femmes en couches, voilà tout.

« A ce moment, mame Sévoz cesse de hurler et me dit d’une voix mourante :

«  — Attendez, père Coulon, attendez ! Moi, ça passe comme une lettre à la poste : dans une petite heure, ça sera fini.

« Ça me fit quelque chose, son courage, ça me pinça le cœur. Et puis quoi ? il fallait ben se résigner. On pouvait pas la flanquer dehors, n’est-ce pas, ni la laisser sur le bord de la route. J’commandai aux hommes, qui louchaient toujours vers la portière :

«  — Y en a-t-il un d’vous qu’est médecin ? Non ! Alors laissez faire ces dames, et allez r’garder l’paysage.

« Et on r’garda l’paysage. Une heure et demie, on le r’garda. Et à la fin, mame Sévoz ne cria plus. Ce fut autre chose qu’on entendit : l’enfant. Il était là, il était v’nu. Un garçon ! J’allai à la voiture, et j’dis à mame Sévoz :

«  — V’s’êtes en r’tard de trente minutes sur votre horaire, et moi d’trois heures. Quoi que ça, vous êtes ben brave tout d’même… Maintenant, messieurs et dames…

Elle avait pas d’opinion, c’te pauv’ femme. Mais les aut’ dames me dirent encore des mots et m’envoyèrent promener pour encore un petit quart d’heure, et m’sieur Potez, qu’est marguillier à la Rixouse, affirma que c’était son devoir de chrétien d’ondoyer l’enfant. Bon sang d’bon sang ! Y aurait donc pas moyen d’démarrer ? Fallut en passer par où il voulait ; il baptisa l’gosse au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et après, on r’partit. On r’partit ben doucement, ben doucement, les hommes suivant à pied ou perchés sur l’impériale et les colis pour laisser place à l’accouchée. Elle était toute pâle et assez tranquille, l’accouchée, et quand on fut à la Rixouse, j’lui dis :