« — Allons, la maman, vous pouvez pas rester ici. On va vous donner un coup de main pour vous descendre.
« — La descendre ici, qu’il fait, m’sieur Potez, en me dévisageant comme le dernier des derniers : ici, qu’y a pas dix maisons confortables !
« — Y a la vôtre, m’sieur Potez.
« Il ne répondit pas à ça, mais continua :
« — Et un médecin ? Cette femme a besoin de soins, il n’y a de médecin qu’à Saint-Claude. Vous devez la conduire à Saint-Claude, sans quoi vous aurez la mort d’une femme sur la conscience.
« Après tout, puisque la correspondance était ratée ?… J’mets l’pied sur le montoir pour reprendre mon siège et conduire mame Sévoz à Saint-Claude. Mais c’qu’il était embêtant, c’t homme-là ! Il dit encore :
« — Et déclarer l’enfant ? C’est vot’ devoir, vous seriez poursuivi, si vous ne déclariez pas l’enfant.
« — Oh ! que j’réponds, ça n’en finira donc pas ! En v’là un métier pour un conducteur de voitures publiques ! Enfin, allons-y !
« — J’étais maté, comme vous voyez, j’y voyais plus clair !… Donc on va déclarer l’gosse à la mairie de Rixouse. En procession. Une des dames le portait, m’sieur Potez et moi nous suivions… « Sexe masculin, Henri-Claude Sévoz. » Et le secrétaire de la mairie, qui se fit raconter toute l’histoire, et qui répétait : « Tiens, tiens, c’est curieux ! » et qui voulait des détails ! Il était cinq heures quand on r’partit. Mais on r’partit. Ouf !
« Vous aussi, vous dites « ouf » ! Vous croyez qu’c’est fini ?… Vous allez voir !… Les dames me disaient : « Pas si vite, père Coulon ! Vous voulez donc la tuer ! La secouez pas ! » Bon ! J’allais donc au pas, cahin caha, comme un cocher d’corbillard, je jurais, je ronchonnais, mais j’allais au pas comme un brave homme qui veut pas la mort d’une mère de famille. Ah ! ben oui, fini ! J’étais comme ça ben attentionné à conduire cette naissance comme un enterrement, quand voilà tout le manège qui recommence, coquin de sort !