Voilà comme je pense toutes les fois que je retrouve l’abbé. Il y avait aussi parmi nous ce jour-là l’inévitable ami qui ne croit pas aux phénomènes occultes, et qui nous parla — il avait bien raison — de l’incroyable niaiserie de ces phénomènes. Il paraît absurde, regrettablement absurde, qu’une personne revienne de l’autre monde uniquement pour frapper des coups dans une table ou sur un mur, ou même se manifester sous la forme d’une petite lumière, d’une main qui ne peut rien saisir, d’un rêve qui n’a jamais rien de sûr.
Celui qui croyait répondit :
— Il y a un jésuite anglais qui est aussi romancier, le père Benson, qui a l’air d’expliquer cela. Il reproche aux hommes de cette terre de croire toujours que tout est fait pour eux. Qu’est-ce qui prouve que ce n’est pas ici le contraire et que c’est seulement par hasard, par une exception illégitime en quelque sorte, que ces manifestations se produisent ? Vous ne comprenez pas ? Alors une comparaison : les poissons ne vivent que dans l’eau ; mais quand ils sont effrayés, quand ils s’efforcent d’échapper à un ennemi, on les voit un instant briller, bondir hors de l’eau, puis disparaître. Les visions que nous appelons des fantômes, c’est peut-être la même chose. Elles ne sont pas sur notre plan, elle n’y apparaissent que par exception. Et quelle serait la sottise d’un homme qui croirait que les ablettes, en réalité poursuivies par un brochet, s’amusent à sauter au-dessus du courant pour lui faire plaisir !
Ce fut avec un grand étonnement que nous entendîmes l’abbé qui murmurait :
— Ce n’est pas sûr.
— Qu’est-ce qui n’est pas sûr ?
— Que ces… ces phénomènes ridicules n’ont pas de rapport avec la vie terrestre. Il m’est arrivé une aventure, tout récemment… Du reste, ajouta-t-il en rougissant, elle est tout à fait insignifiante.
Nous l’obligeâmes à parler. Je vais essayer de répéter son récit exactement.
— Eh bien, dit-il, vous savez que je suis desservant d’une petite église, en Normandie. Mon conseil municipal n’est pas composé de méchantes gens, mais ils ont besoin de mon presbytère pour agrandir la mairie qui, comme il arrive assez souvent dans les campagnes, y est accolée. En fait, il n’y a qu’une porte de communication à percer. J’ai donc été expulsé. Un propriétaire du pays m’a proposé de me louer, à un prix dérisoire, une assez belle maison, entourée d’un jardin.
« — Seulement, me dit-il, d’un air assez embarrassé, je dois vous avertir que cette maison est hantée. Vous, un prêtre, un bon prêtre, ça doit vous être égal ?