« Je me mis à genoux sur un fauteuil et fis ma prière du soir, qui ne fut pas troublée. C’était comme si la robe avait attendu… Je me déshabillai. Et, je vous jure, ce fut comme si quelqu’un se déshabillait à côté de moi, comme si des vêtements tombaient !
« Je me couchai, très tranquillement. Pas une seconde je ne laissai détourner mon esprit de la méditation que j’avais entreprise. Ces frôlements, ces bruits ? Un rat m’aurait troublé davantage. Je ne permis pas un instant à mon âme de croire qu’ils pouvaient venir d’une… d’une personne. Alors…
L’abbé s’arrêta. Nous répétâmes tous.
— Alors ?…
— Alors, dit-il, sans confusion, mais d’un air un peu rêveur, je vous assure que j’ai entendu rire, tout près de moi, presque au-dessus de ma tête : un rire très frais, très clair, et un peu dédaigneux, ironique.
— Et puis ?
— Et puis plus rien. Si c’était une tentation, je l’avais vaincue, voilà tout, termina l’abbé simplement. Je n’ai plus rien entendu dans cette maison, jamais… Mais ce jour-là, les choses ont bien eu l’air de se passer sur le plan terrestre. Voilà ce que je voulais dire.
Mais quelqu’un osa corriger :
— Sur le plan terrestre, sûrement ! Cette histoire est même un modèle du genre : l’abbé nourrissait de petits regrets, d’involontaires petits désirs. Son inconscient, mis en mouvement par les récits qu’on lui avait faits, a imaginé tout le reste.
— Des désirs ? fit l’abbé. Je vous assure que non !