«  — Indeed, fis-je, et pourquoi ?

«  — Parce que les deux corporations, celle des professeurs de boxe et celle des professeurs de jiu-jitsu, sont trop intéressées à ce que le match soit indécis. Sans ça que deviendrait leur profession ? Si Kokuzo était vainqueur, on n’apprendrait plus que le jiu-jitsu ; si c’était Milton, on ne voudrait plus apprendre que la boxe. C’est trop radical comme solution, dear friend, ce n’est pas possible. Voilà pourquoi ils ne se feront rien : c’est arrangé.

« D’abord, cet arrangement me rassura, mais à la réflexion il me parut qu’il était encore humiliant pour la boxe. Puis je réfléchis et je mis cent guinées, monsieur, sur la chance de Milton.

«  — Vous êtes de plus en plus fou ! me dit le vieux Halifax.

«  — Well, répondis-je, nous verrons bien.

« Et en effet, dans les trois premiers rounds, tout se passa comme l’avait prévu Halifax. Milton tirait de très loin, avec une modération touchante, et son coude droit ondulait nerveusement, trop près du corps pour rien faire de bon ; et quand il faisait mine de se rapprocher et d’en arriver à un corps-à-corps, — ce qui était pourtant dans le jeu de Kokuzo, — Kokuzo se défilait prudemment. Pourtant quand Milton lui eut placé un revers sur le nez, le Japonais répondit bientôt par je ne sais quel petit truc que je ne vis pas, mais qui tira les larmes des yeux à mon champion. Mais les choses s’arrêtèrent là, bien gentiment.

«  — Je vous l’avais dit, me souffla le vieil Halifax. Ils ne se feront rien, rien du tout. On vous rendra votre argent et voilà tout.

« Je ne répondis rien. Le second de Milton venait de prendre de l’eau dans sa bouche, et de la souffler délicatement par la figure de son homme. C’est une attention que doivent avoir les seconds soigneux, et c’est très rafraîchissant. Après quoi le quatrième round commença.

« Il n’avait pas duré dix secondes, monsieur, que le Japonais tomba sur le ring comme un sac de blé. Une seconde, deux secondes, trois secondes… Well ! au bout de vingt secondes il ne s’était pas encore mis debout. Il était assommé, complètement assommé.

« Les deux matcheurs étaient à égalité : je gagnais mes cent guinées. »