— Madame, dit celle-ci à demi-voix, c’est la femme sale.

On lui avait déjà parlé de la mendiante, comme mendiante, tout simplement. Les étrangers peuvent ainsi passer trois mois dans un pays sans rien voir et sans rien savoir. Elle fit une petite mine de dégoût et aperçut les enfants.

— Mon Dieu, fit-elle, forçant sa répugnance, et un peu attendrie en même temps, c’est à vous, tous ces petits ?

La Choulette prit une voix gémissante :

— Y en a encore deux, madame, qui sont aux pommes de terre. Huit, j’en ai, madame, huit ! Ah ! c’est bien de la misère !

— Huit enfants, ma pauvre femme ! Et comment les élevez-vous ? Qu’est-ce qu’il fait, votre mari ? A-t-il du travail ?

La Choulette demeura un instant décontenancée. Un mari ? Quoi, quoi ? Est-ce qu’on se moquait d’elle ? Pourtant la dame n’en avait pas l’air. De toutes les forces de sa cervelle obtuse, elle médita tant qu’elle put. D’abord un gros et pénible rire la secoua, puis le sentiment lui vint que ce n’était pas convenable. Alors elle expliqua, simplement :

— Un mari ? Oh ! non, madame. Les femmes qui ont un mari n’ont pas huit enfants. Ceux qui sont mariés, vous comprenez, ils font attention…

RÉCONCILIATION

Madame de Marconne franchit la porte de son vieil hôtel de la rue Royale, à Lille, au moment que les cloches de l’église Sainte-Catherine convoquaient les fidèles à la grand’messe, sur trois notes qui font un air : — Nous l’tenons, nous l’avons, chantent les petits enfants, quand elles les entendent sonner. Mme de Marconne avait assisté à une messe basse : mais, en sortant de Sainte-Catherine, elle avait passé chez Méert le confiseur, rue Nationale, pour lui commander des couques sucrées, et chez Stiévenaërt, la fleuriste, d’où elle rapportait une brassée de roses. Voilà pourquoi il était dix heures, déjà. Florentine, la femme de chambre, courut vers elle, dès qu’elle la vit entrer, dans un tel étourdissement qu’elle en oublia de lui prendre ses paquets.