— Madame, dit-elle, Mlle Thérèse attend madame dans le salon.

— Mlle Thérèse ?… fit Mme de Marconne.

— Mme Mouvenot, se reprit Florentine, la fille de madame, enfin ! Elle est arrivée par le premier train !

On voyait à son air que c’était une grande nouvelle, et inattendue.

— Thérèse, prononça Mme de Marconne à demi-voix, sans marquer aucune satisfaction, Thérèse !… Qu’a-t-elle bien pu encore inventer ?

Cependant elle marcha au-devant de sa fille ; toutes deux s’embrassèrent.

— Que tu es jeune, maman, dit Thérèse, que tu as l’air jeune !

Elle pensait : « Si elle s’habillait autrement ! »

Mme de Marconne n’avait pas quarante ans. A peine si elle paraissait la sœur aînée de sa fille, qui en avait vingt. Mais elle exagérait l’austérité de sa toilette de veuve. Son chapeau de deuil s’attachait sous le menton, avec des brides, un chapeau de la plus pure province ; sa robe toute droite tombait jusqu’à ses pieds. Sur son visage pur, encore très frais, pas même une ombre de poudre de riz. Et sa fille, devant elle, avec sa jupe courte enflée sur les hanches, et qui montrait ses jambes jusqu’aux genoux, son turban de paille argentée, le rouge artificiel de ses lèvres, lui paraissait une petite évaporée. Elle la considérait avec méfiance, elle songeait que l’air de Paris n’est pas bon aux jeunes femmes de province. Mais peut-être cette arrivée imprévue signifiait-elle de bonnes nouvelles. Mme de Marconne sourit.

— Tu viens me dire que tout est arrangé, Thérèse, dit-elle. Tu ne divorces plus : toi, une Marconne, divorcée ! Ce n’était pas possible, je le savais bien ! Et ton mari est charmant, charmant !… Je te l’ai toujours dit.