Introduite devant le juge, et l’ayant dévisagé de cet air d’assurance que donne aux femmes l’habitude de voir les hommes en état de péché, elle le reconnut sans surprise pour l’avoir vu quelquefois au promenoir d’un café-concert, et lui adressa un petit salut un peu trop souriant. Mais lui ne la reconnut point, et demanda seulement, la voix empreinte d’une grande brusquerie :
— Qu’est-ce que vous avez volé ?
Obligé d’instruire quatre ou cinq mille affaires par an, qu’il estimait presque toutes de médiocre intérêt, telle était sa coutume pour économiser du temps.
— Ce n’est pas moi qui ai pris cette paire de gants, répondit Josette, c’est mon chien. Un chien de dix mois, monsieur le Juge d’instruction : c’est jeune, ça prend du cuir pour se faire les dents.
— Alors, vous dites que vous n’avez rien volé ?
— Je vous dis que c’est mon chien qui…
— C’est bon, écrivez ! dicta le juge d’instruction à son greffier : « Non, je n’ai rien volé ; c’est le chien… » Quand avez-vous été condamnée ?
— Je n’ai jamais été condamnée, affirma Josette. J’ai passé à l’anthropométrie.
Elle disait cela avec une sorte de fierté sentimentale, comme elle eût parlé de sa première communion.
— Bon. Entrez dans ce cabinet…