— Il n’y a pas moyen, disait-il, de nier qu’un chien est à vous. L’imbécile vous suit, vous caresse, vous regarde comme une vieille fille son confesseur, même si on le menace. Le plus simple est de dire la vérité. Ça fait bien dans le paysage, et, pour le reste, est-ce qu’on est responsable des fantaisies d’une bête ?
Josette répondit donc avec une entière sincérité :
— Oui, monsieur. Il ne vous a pas mordu, j’espère ? S’il vous a mordu, c’est que vous lui avez marché sur le pied. Il est très doux, monsieur, très doux.
L’inspecteur avait ramassé la paire de gants. Albert sauta pour la rattraper. Dans son idée, elle était à lui, ou à Mme Faussurier, en échange d’un morceau de sucre et d’une caresse sur la nuque.
— Et ça ? fit le policier.
— Ça, reconnut Mme Faussurier, candide, c’est une paire de gants.
— Vous ne me ferez pas croire qu’il s’engraisse à manger de la peau de Suède, votre chien ! dit l’inspecteur.
— Non, monsieur, avoua innocemment Josette. Seulement c’est jeune, vous savez, c’est capricieux.
— Vous expliquerez ça au juge du Petit Parquet, répondit l’inspecteur, sceptique.
Josette passa la nuit au Dépôt, et fut interrogée trois jours après par un juge d’instruction. Elle avait été mise en liberté provisoire, l’adresse qu’elle avait donnée ayant été reconnue exacte. Faussurier, n’étant pas son légitime époux, ne l’avait pas accompagnée au Palais. Elle y arriva donc toute seule, mais comme prévenue libre. On avait déjà recherché s’il y avait une fiche de condamnation à son nom, Joséphine Soupot ; on l’avait soumise à l’anthropométrie, sans rien trouver ; on avait fait une perquisition à son domicile sans y rien découvrir qui pût donner lieu au moindre soupçon, car Faussurier y avait mis bon ordre ; et de voir d’autres dames qui, au contraire, attendaient leur tour aux côtés d’un garde municipal, cela lui inspira une haute idée d’elle-même, et de la confiance en son destin.