— La bénédiction sur toi, Ahmed !

— La bénédiction sur toi, Hosséin !

Hosséin, le marchand de soie, est très jeune, très beau et très pieux. C’est lui qui, à Brousse, subvient aux frais qu’exigent les cérémonies des derviches hurleurs, dans la grande maison qu’ils ont louée au-dessus du cimetière. Il prie plus longtemps qu’un iman, et le jeûne amincit ses os. Voilà pourquoi Ahmed avait mis du respect dans son salam. Mais aussi il avait hâté le pas, et regardé en se retournant si Hosséin le suivait des yeux, car il n’eût pas aimé qu’un homme si vertueux sût qu’il allait entrer dans le jardin du hodja Nasr’eddine par la porte de derrière, dans la maison de Nasr’eddine le saint, l’homme sage, juste à l’heure où le hodja n’y était point, et que sa femme était seule.

— C’est uniquement pour te voir, ensorceleuse ! Uniquement pour te voir, et t’apporter ces quelques grains d’ambre, dit-il quelques instants plus tard à Zéineb. Je ne te regarde pas, mon âme ! Je ne suis pas venu pour toi, ma maîtresse !

Et Zéineb répondit, la dévergondée :

— Je le sais, mon œil ! Aussi tu vas t’en aller tout de suite, tout de suite ! Car mon époux le hodja — que le ciel lui soit comme la dalle d’une tombe, et la terre comme une fosse — ne restera plus longtemps à la mosquée. Mais va, pars sans crainte, encourage tes forces, ô mon amour ! et prépare tes reins. Aussitôt que je verrai le moment, aujourd’hui peut-être, je te ferai prévenir par Zoharah, ma nourrice, Zoharah, notre messagère.

— Zéineb !… fit Ahmed, hésitant.

— Parle, ma prunelle !

— Zéineb, continua-t-il, est-ce que le Rétributeur ne nous punira point ? Ton mari est un si grand saint !

— Lui ? dit-elle. C’est un mécréant, je te le répète. C’est un impie, c’est un hypocrite ! Le saint Livre, il le connaît. Les commentaires, il les connaît ; la loi, la jurisprudence, il les connaît. Mais c’est un damné qui ne croit à rien. Un jour la foudre tombera sur cette maison.