» Le vieux cheik ne la tua point du tout. Mais il porta solennellement la main à sa barbe, en disant :
» — Je te divorce par trois fois !
» — Voilà qui va bien ! fit le cadi, tout joyeux.
» C’est la formule du divorce irrévocable, et le cadi applaudissait à la résolution d’Abdallah, croyant qu’il renvoyait Khansah. Mais c’est qu’il n’avait pas l’esprit assez fin pour deviner toute la prudence du vieillard. Car cheik Abdallah, se tournant vers lui, ajouta :
» — Maintenant, cadi, je te prie de marier cette femme avec Mansour, ici présent, mon saïs.
» Khansah parut satisfaite à la limite de la satisfaction, mais Mansour cria :
» — Ouallahi ! Je ne veux pas épouser cette dévergondée ! Qu’on me vende, qu’on m’envoie porter les sacs sur la route des caravanes. J’aime mieux ça, oui, j’aime mieux ça !
» Alors cheik Abdallah, voyant qu’il faisait de la résistance contre un projet si juste, saisit une matraque d’entre les matraques, et fit mine de lui écosser la cervelle du crâne, comme un fléau fait sortir le grain de sa coque.
» — J’épouse ! cria Mansour. Ya Allah ! j’épouse !
» — Tu fais bien, dit philosophiquement son maître Abdallah. Sur toi le pardon et la sécurité. Et il n’y a rien ici de changé, sinon que c’est toi qui es le cocu.