» Et, se tournant vers le cadi :
» — Maintenant que j’ai mis le collier de l’union légitime autour de leurs plaisirs, vois-tu de l’inconvénient à ce que Mansour soit… ce qu’il te déplaisait si fort que je fusse ?
» — Bissimillah ! fit le cadi, il n’y a point d’inconvénient. Et je proclamerai, à la face de tous les musulmans, que tu es le sage des hommes ! »
Ces deux exemples d’indulgence mahométane ne convainquirent point pleinement les auditeurs. La baronne Bourcier crut devoir protester :
— Bien que je reconnaisse l’esprit d’indulgence qui pénètre ces épisodes, je ne puis m’empêcher d’y découvrir un évident mépris de mon sexe. Vous êtes convaincu, dirait-on, que les femmes, livrées à elles-mêmes, ne peuvent faire autrement que de perdre toute retenue. Contre cette inévitable défaillance vous vous défendez par la claustration, les plus rudes châtiments, la mort même, ou bien vous consentez dédaigneusement à d’humiliantes compensations matérielles. Il ne semble pas qu’il vous vienne jamais à la pensée de faire appel à leur pudeur, à leur fidélité.
» Je n’ignore pas, fit-elle en se tournant vers le hodja avec une grâce toute particulière, que vous êtes sage et pieux parmi les musulmans. Je ne sais quoi aussi m’autorise à supposer que vous êtes infiniment bon. Croyez-vous en vérité que vos mœurs n’ont point tort dans cette méfiance ou m’en pouvez-vous indiquer la cause ? »
Nasr’eddine allait répondre : « La cause ? Eh, la cause, c’est que les femmes sont des êtres dénués de raison ! » Mais il songea : « Fais attention, ya Nasr’eddine, fais bien attention ! Tu n’es pas ici à la mosquée, où tu dois professer sans fard la doctrine. Il faut savoir user de politesse, de politesse ! Il y a toujours moyen de dire les choses. » Il répliqua donc :
— Ne doit-on pas croire qu’Allah, qui a donné aux femmes tels ou tels instincts, ne les en saurait punir ? C’est donc aux hommes à prendre leurs précautions…
Il médita une petite minute, et poursuivit :