— Sur toi la bénédiction, Mohammed, répondit le jeune homme.
— Qui est ce cavalier ? demanda M. Feathercock.
— Ne le connais-tu pas ? C’est Hamdi-bey, le mari de ces trois dames.
— Il me semble, dit M. Feathercock, qu’il m’a jeté un coup d’œil singulier.
— Tu te trompes, répliqua Mohammed. Mais, d’ailleurs, je vais faire en sorte de le reconduire chez lui. Ne crains rien.
Et il accompagna Hamdi-bey, en lui contant des choses que le jeune homme paraissait écouter avec attention.
Ce fut peu après que M. Feathercock vit les trois dames, et il en oublia tout le reste. Assises sur le parapet du vieux pont, le pont qui faisait le gros dos comme un chat, elles jetaient des fleurs dans l’eau ; et quand elles le virent arriver, marchèrent à sa rencontre à travers la prairie pleine de colchiques. Mais c’étaient trois fantômes noirs, qui foulaient ces tendres colchiques, trois fantômes couverts, des pieds à la tête, du sombre tcharchaf sans lequel nulle femme ayant quelque pudeur n’oserait quitter sa maison. Et c’est une chose si étrange et variable, le désir, que lorsque seulement leurs mains, leurs mains longues et pâles, sortaient de ces voiles obscurs, le cœur de M. Feathercock bondissait dans sa poitrine, et que si leurs pieds un instant éclairaient l’herbe, à côté des fleurs violettes, il imaginait plus de choses qu’il n’y en a dans le Cantique des Cantiques. Elles, les bien-aimées, couraient comme les faons des biches, et M. Feathercock murmura, comme jadis le grand Soliman-ben-Daoud :
— Mes colombes, faites que je voie vos regards, faites que j’entende vos voix !
Elles répondirent :
— Tu ne verras pas nos regards, mais tu entendras nos voix.