— La bénédiction sur toi, ya sidi ! Ceci est une missive de ma maîtresse, la merveilleuse !

Après quoi, ayant porté la main à sa poitrine, à sa bouche et à son front, elle s’échappa aussi vite que si les deux jambes maigres qui la portaient eussent été les quatre pieds d’une chèvre.

Quant à la lettre, M. John Feathercock la trouva rédigée en très bon anglais, et conçue en ces termes :

« Par Allah sur toi, effendi ! et qu’il accroisse tes honneurs et ta félicité. Trois petites fleurs désirent entrer dans ton parterre, et ton parterre ne les voit pas ; trois hirondelles désirent se poser sur ton toit exalté, et ton toit ne regarde que le ciel ; trois petites sources désirent frôler tes quais de marbre, et tes quais de marbre sont barrés. Effendi, nous autres les petites fleurs tristes que le jardinier n’arrose pas, nous autres les trois hirondelles noires, nous autres la triple source que le désert engloutit, nous serons ce jour même, une heure avant qu’il fasse nuit, au delà de la ville, du côté où le soleil se couche, dans une prairie qui est aux Eaux Douces d’Asie : celle où il y a trois peupliers, beaucoup de saules, un petit pont qui fait le gros dos comme un chat, et la maison d’Ali-ben-Malek, le vannier. Viens, effendi, parce que nos âmes sont pleines de paroles que nous ne pouvons dire à d’autres, et que nous regardons dans la nuit, dans la nuit qui vient, du côté de l’Occident, où s’en va le soleil, et d’où tu es venu.

» Et si tu veux respecter nos désirs, et que ta conduite soit conforme à la prudence, sois vêtu comme un musulman.

» Salut à toi mille et une fois, et encore mille fois. »


Voilà pourquoi, après avoir longtemps hésité, en rougissant M. Feathercock mit sur sa tête un fez rouge et se rendit au lieu marqué, accompagné de Mohammed-si-Koualdia.

Et comme il allait au rendez-vous, il aperçut un magnifique seigneur qui s’en retournait vers la ville, monté sur un cheval rouan, vigoureux et fin, un cheval qui secouait la tête comme pour dire : « Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un sur mon échine ? Je ne le sens pas ! » Et ce seigneur était vêtu de laine fine et de satin ; sous son front pâle, les plus beaux yeux noirs ; sur ses joues, les couleurs de la jeunesse. Mohammed-si-Koualdia lui dit :

— La bénédiction sur toi, Hamdi-bey !