Et il mugit d’une façon sauvage et incompréhensible :
— Mithra ! Mithra ! Mithra !
— Oui, murmura Ménéel éperdu, oui…
Il allait ajouter : « Ils ont raison, je ne comprends pas », et il eût été damné, car il est interdit de chercher à comprendre ce qui est un mystère, quand ses yeux par hasard descendirent sur la Vierge mère.
Elle venait de s’endormir, accablée de fatigue par la grande peine de son enfantement. Ménéel n’avait jamais rien vu de semblable à ces yeux fermés, ces cils qui faisaient sur le haut des joues tendres une ombre légère, et cette bouche où il y avait tant de bonheur de n’avoir plus à crier. Elle reposait, les bras derrière la tête ; un tout petit souffle agitait son corps bénit, que rien ne pourrait maculer. Et Ménéel songea :
— Il n’y a pas de ces êtres chez nous, il n’y en a pas chez les bêtes. Il ne faut pas que la race où ils existent puisse être malheureuse toute l’éternité. C’est eux qui font la différence.
C’est ainsi que la Vierge, et ce fut son premier miracle, le sauva de la tentation. Mais l’âne brailla :
— C’était écrit : les hommes seront sauvés, mais ni les anges ni les bêtes. Il n’y en a jamais que pour les classes moyennes !
Alors Lucifer ricana une seconde fois. Il venait d’apprendre qu’il pourrait toujours tenter les grands et les malheureux.