— Entrez donc, lui dis-je, un peu protecteur, entrez donc ! Qu’est-ce qu’il y a pour votre service ?
— Monsieur, me dit-il d’un air solennel, je m’appelle Boronali.
Ma figure changea. Je me sentis pénétré d’un profond respect.
— Cher maître, m’écriai-je, c’est vous qui avez peint, avec votre queue, rien qu’avec votre queue, — et les suggestions de votre génie, bien entendu, — ce magnifique tableau qui est exposé aux Indépendants : Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique ! Je suis heureux de faire la connaissance d’un artiste tel que vous ; votre talent a toute la magnifique imprécision de l’immensité.
— N’est-ce pas ? dit-il simplement.
J’ai déjà rencontré tellement d’artistes que je le trouvai modeste. D’autres m’en auraient dit davantage.
— J’ai pensé, continua-t-il, que vous ne seriez pas fâché d’obtenir de moi un petit bout d’interview, et je suis prêt à condescendre à ce désir.
— Merci, cher maître, lui dis-je, merci ! Vous réalisez en effet mon souhait le plus cher. Désirez-vous, tandis que je recueillerai vos paroles, prendre quelque chose ?
— Non, répondit-il, non. Laissez-moi seulement me frotter le dos de temps en temps contre vos meubles. C’est une habitude que j’ai.
— Faites, lui dis-je, ne vous gênez pas. Les tics sont une des caractéristiques les plus fréquentes du génie, tout le monde le sait. Vous n’avez pas affaire à un bourgeois.