— Bon. Eh bien, reportez-la où elle était. Et quand l’olibrius qui a voulu nous jouer cette petite plaisanterie commencera à tourner autour de ce panneau, mettez-lui la main au collet, et amenez-le-moi. Nous verrons ce qu’il faut en faire. Je n’entends pas qu’on se moque ne nous.


Mais personne ne vint tourner autour du panneau. Au bout de quelques jours, le gardien l’enleva et le rangea, pour s’en débarrasser, dans le galetas où il mettait ses balais et préparait son déjeuner sur un petit réchaud à alcool. Lui-même ne croyait plus à sa découverte. Quelques mois plus tard, au moment où il mettait son pardessus pour sortir, il heurta violemment du pied le portrait. Le bois desséché se brisa en trois morceaux. Il les jeta négligemment dans le bac aux ordures.


J’ai, bien entendu, entièrement inventé cette petite histoire. Mais il n’y a aucune bonne raison pour qu’elle n’arrive pas…

II
Courte Conversation avec un grand Peintre

C’était au temps où l’on venait d’exposer, au salon des Indépendants un paysage sublime, admiré comme il convient par les vrais amateurs, et qu’un âne avait peint avec sa queue…

… A la porte de mon appartement, il y a un cordon de sonnette, non pas un bouton électrique, parce que ma maison est une vieille maison. On tira le cordon de la sonnette, on le tira même assez fort. Et je pensai : « On vient me voir, quel bonheur ! » Car j’étais en train de travailler.

Il n’y a rien qui me soit plus désagréable que d’être dérangé quand je ne fais rien. J’aime au contraire les visiteurs quand je compose. Ils m’apportent un prétexte à m’interrompre.

Mais j’éprouvai une certaine stupeur à constater que c’était un âne qui avait monté mes deux étages. Toutefois, c’était une bonne figure d’âne, à la fois vicieuse et naïve, paresseuse et importante. Et puis, en temps d’élections, on est habitué à recevoir toutes sortes de monde. Je ne m’étonnai donc pas.