— C’est de l’histoire, repartit M. Coltat-Chamot, fort indigné.
— L’histoire, continua le haut dignitaire ecclésiastique, elle n’a jamais, jamais été faite que par des Velches, qui n’étaient pas d’Église, et qui n’étaient pas Italiens, puisqu’ils n’étaient que de pauvres Velches ; et ils n’y ont rien compris du tout. Mà, Galileo, il était Italien, et les cardinaux qui ont jugé Galileo, ils étaient tous Italiens : alors, ils ont fait tous ensemble une petite combinazione. Vous ne comprenez pas la petite combinazione ?
M. Coltat-Chamot, manifesta, par son étonnement mêlé d’incrédulité, que cet aspect de la question était pour lui plus qu’inattendu. Car il est fort certain que Galilée a été condamné par l’Inquisition, puisque le poète Ponsard lui-même l’a su et en fit un long poème. Et l’on ne saurait croire que cet astronome se laissa condamner par plaisir.
— Si, si, éminentissime seigneur français, poursuivit le prélat. Je vais vous expliquer toutes les choses, absolument toutes les choses :
» Galileo, c’était une personne très savante, et il avait démontré que la terre tourne. L’archevêque de Sienne le fit venir et il lui dit :
» — Galileo, vous nous mettez dans le plus cruel embarras. Nous avons toujours dit que la terre, elle ne tournait pas. C’est inscrit dans la loi, telle que nous l’avons faite, que la terre ne doit pas tourner. Et si vous étiez brûlé comme hérétique, vous ne pourriez pas continuer vos études, ce qui serait un si grand malheur pour l’Italie ! Il faut que nous trouvions un petit arrangement.
» Galileo, il réfléchit une minute et il dit :
» — Je ne puis cependant pas empêcher la terre de tourner.
» — Justement, dit l’archevêque de Sienne, justement : ce n’est pas vous qui l’en empêcherez. Et alors qu’importe ce que vous dites !