» Galileo répondit :
» — Je ne céderai qu’à la force !
» — Voilà qui va bien, répliqua l’archevêque de Sienne, je vois que nous nous comprenons. Vous allez être incarcéré dans mon palais, pour qu’il soit prouvé que l’Église maintient toutes ses prérogatives, dont l’une veut qu’elle soit au-dessus de la science et n’ait point à lui obéir. Mais j’ai d’excellent vin, un bon cuisinier ; vous voudrez bien partager mes repas.
» Au bout de quinze jours, l’archevêque de Sienne dit à Galileo :
» — Êtes-vous convaincu ?
» — Je suis persuadé, répondit Galileo, que votre vin de Chypre est excellent. Mais j’aimerais mieux m’en aller. Il me semble que je pourrais me réfugier en France, par exemple, ou bien à Genève.
» — Mon ami, dit l’archevêque d’un air triste, — car il est si pénible d’avoir à médire de son prochain ! — vous ne sauriez croire combien le clergé de France est peu éclairé. Le cardinal de Richelieu, qui pense tout savoir, vient de se prononcer contre vos doctrines. C’est un homme très dur : il vous mettra en prison comme hérétique, et les prisons de France sont froides, dépourvues de lumière et de commodités ; rien n’y est disposé pour vos travaux d’astronomie. Quant aux habitants de Genève, vous ne pouvez ignorer leur aveugle fanatisme : ils tiennent la doctrine de Copernic en grand soupçon, pour ce qu’elle n’est pas dans la Bible, et vous devez garder en mémoire qu’ils ont fait rôtir Michel Servet pour une hérésie bien plus petite que la vôtre. Suivez mon conseil : faites-vous juger à Rome. Vous y trouverez des gens charmants.
» — Eh bien, j’irai donc à Rome, dit Galileo presque résigné. Mais vous m’assurez que j’y pourrai travailler ?
» — Vous serez, affirma l’archevêque, l’honneur des États de l’Église.
» Galileo se rendit donc à Rome. Il fut donné à ce commencement de soumission une publicité suffisante. Mà, quand il fut devant le sacré tribunal, il dit :