Mais comme il prononçait à haute voix ces paroles, il aperçut au loin sur les eaux une embarcation qui s’avançait avec une rapidité singulière. Son aspect l’étonna beaucoup : elle avait un mât, une voile, une paire de rames, un gouvernail, au lieu que l’arche ne se mouvait qu’au caprice des courants, sans que personne fît effort pour la diriger. Mais ce n’était point, à la manière de l’arche, une vaste maison flottante. Elle était au contraire fort petite, et ne contenait qu’un homme et une femme, bien vieux en apparence, aussi vieux que Noé, et qui semblaient fort paisibles.

Ils abordèrent. L’homme tira soigneusement son bateau sur la plage boueuse, en prenant toutes les précautions pour qu’il pût servir de nouveau, au lieu que l’arche était demeurée échouée sur le côté comme une chose définitivement abandonnée : cet homme avait l’air d’un vrai marin.


Noé s’approchant de lui, dit sans aucune douceur :

— Pourquoi n’êtes-vous pas noyés, vous et cette femme ? C’est contraire aux règlements. Il est hors de doute que vous devriez être noyés !

L’homme répliqua, étonné à son tour :

— J’allais vous faire la même observation : je croyais être seul sur la terre… C’est très ennuyeux. D’où venez-vous ?

Noé indiqua l’Orient d’un geste vague, du côté des plaines de Mésopotamie.

— … De par là, dit-il. Je m’appelle Noé. Et vous ?

L’homme tendit le bras, montrant l’horizon de l’Ouest. Il répondit :