— En avant, maintenant, continua Barnavaux. Et ne tirons plus : on attraperait les camarades.
Nous descendîmes la pente en courant comme des fous, baïonnette au canon. Mais pas un des Sakhalaves ne se rendit. Nous eûmes les morts et les blessés. Le reste passa entre les mailles du filet, avec des bonds de chats sauvages, puis une course si rapide, des mouvements si souples, qu’il me sembla que j’étais au spectacle, et que cette fuite élégante, héroïque, était réglée d’avance et comme indispensable.
— Nous avons le chef, dit Barnavaux, très fier. C’est l’essentiel.
Le cadavre gisait dans l’herbe. La balle tirée de très haut était entrée par le sommet de la tête et ressortie derrière le cou. Il y avait déjà des mouches sur le sang. Oumar N’diaye tira son coupe-coupe, et s’approcha sournoisement.
— Eh bien, Oumar, dit Barnavaux, rudement : tu veux encore couper la tête à celui-là ? Est-ce que ce sont les manières d’un soldat français ?
Oumar rentra son couteau, sans rien dire, et je lui donnai une cigarette. Le clairon du capitaine Limal chanta tout près, d’un accent triomphal. Barnavaux s’était assis sur une pierre et fumait sa pipe.
— A propos, demandai-je, vous disiez tout à l’heure que vous aviez été nommé caporal. Où sont vos galons ?
— L’air des grandes villes m’est malsain, répondit-il en soufflant, pour me mieux voir, sur le nuage qui l’entourait. Trois mois après l’affaire d’Ambatoumalaze, étant rentré à Tananarive, j’ai été cassé pour indignité. Mais ça, c’est une autre histoire…