… La nuit était tombée. L’air très froid entrait par la porte de notre case restée ouverte, et Ramary, avec sa sœur Kétaka, jouait à tirer des plumes au gibier mort étendu par terre.
— Kétaka, lui dis-je gaiement, tu vas passer la nuit avec moi, dans la case ?
Elle secoua la tête :
— Je ne suis pas une petite coureuse. A Tananarive, les filles font mitsangan-tsangana (ont beaucoup d’amants). Razafinandriamanitra est une petite coureuse. Cécile Bazafy est une petite coureuse, et Rasoa, et Mangamaso, et Ramaly (Amélie). Ici ce n’est pas la même chose.
Et réfléchissant une minute :
— Ici, c’est trop petit… On le dirait au « monpère » jésuite. Et il fait des histoires du haut d’une boîte, dans la chapelle. Vous viendrez à la messe demain ; il nous gronde quand nous n’emmenons pas les vazahas à la messe.
— Quel âge as-tu ? dit Galliac.
— Je suis née un an avant la grande guerre où les Hovas ont battu les Français.
Elle disait cela sans pose, sans fierté, comme l’expression d’une vérité incontestable, faisant allusion au bombardement infructueux de Tamatave par notre flotte en 1885.
— Kétaka, dit Galliac, j’ai l’honneur de t’apprendre que, depuis, le général Duchesne a pris Tananarive.