» Le commandant secoua du pied le premier venu. L’Arabe se réveilla, se mit sur ses pieds, trébucha, retomba et gémit :
» — Ma commandant, ma commandant, les chameaux…
» — Eh bien ?
» — Ma commandant, les chameaux aussi, eux faire saouls !
» C’était vrai, les chameaux étaient saouls. On n’avait pas vu ça depuis Mahomet, on ne le reverra jamais, jamais ! Le chameau est un animal triste : ils étaient gais, follement gais. Ils dansaient sur la tête, ils dansaient sur la queue, ils dansaient sur leurs bosses. Et puis, de temps en temps, l’un deux, pris de remords, s’agenouillait sur le sable, mettait la tête entre les pattes, et avait l’air de dire : « Allah ! Qu’est-ce qui m’arrive ? » Il avait mal aux cheveux.
» Ce jour-là, le commandant a failli devenir fou.
— Mais, demandai-je, que s’était-il passé ?
— C’est bien simple, répondit Barnavaux : Atchoum et le mercanti avaient jeté toute l’absinthe dans l’eau du puits.