»  L’homme était resté parfaitement immobile et muet, à la place où son guide l’avait laissé.

»  — Votre feuille de route, la lettre du major ?

»  Il obéit et tira les papiers de sa poche.

»  — … Tiens, vous vous appelez Dieutegard ? Un drôle de nom.

»  Pas de réponse. Le portier continua :

»  — Vous êtes aveugle, mais muet ? Ça ne vous ferait pas mal aux yeux, de parler !

»  Cependant il fit conduire l’homme au premier étage par un infirmier. Et cet infirmier fut très doux, à cause de la grande pitié qui est dans le peuple pour les aveugles.

*
* *

— … Dieutegard, de la classe 78, dit le major. Je sais ce que c’est. Mon confrère de Romans m’a écrit : un simulateur anarchiste. Apportez l’ophtalmoscope.

C’était un major à trois galons, jeune encore, avec une figure vive qui éclatait d’intelligence ; une intelligence de montagnard, faite d’un âpre vouloir et de suite dans les idées. Il aimait son métier, qui était resté pour lui neuf et passionnant comme au premier jour.