Le soldat parut triste ; de cette tristesse où il y a une part d’embarras, une espèce de confusion à l’idée que les gens sont malheureux, qu’il n’y a rien à faire pour les secourir, et qu’on n’entre même pas pleinement dans leur infortune, puisqu’il est impossible de la ressentir comme eux. Ils marchèrent en suivant les quais sans parler davantage, et longtemps.

— Voici l’hôpital militaire, dit le soldat, à la fin.

Et il respira, l’air soulagé.

Comme il s’était arrêté, l’homme s’arrêta. Et le soldat s’adressa tout de suite au portier. Le silence de son compagnon lui avait pesé.

— Voilà, expliqua-t-il. L’homme est arrivé tout seul, en chemin de fer, avec un papier signé du major de Romans. C’est-à-dire, tout seul… ceux qui l’avaient accompagné se sont arrêtés à Vaise, je ne sais pas pourquoi. Quand il a entendu crier : « Lyon ! » il est descendu, mais il est resté devant les wagons sans bouger.

»  — J’ai un papier pour l’hôpital militaire, qu’il disait seulement.

»  L’adjudant de service a lu son papier et lui a dit :

»  — Vous n’y voyez pas. On va vous conduire.

»  Moi, j’étais là, sur le quai. L’adjudant m’a réquisitionné.

»  — C’est bien, fit le portier. Vous pouvez vous en aller.