— Mais si je m’étais trompé ? dit Roger.
— Si vous vous êtes trompé, ça vous regarde. Moi, j’ai reçu un homme qui voit, administrativement, qui voit tellement bien qu’il a fait trente jours de prison pour avoir prétendu n’y pas voir. C’est une preuve, ça ! Et par conséquent j’ai le droit de donner les ordres au soldat Dieutegard… Tout est-il prêt ? continua le capitaine, s’adressant à l’un des sous-officiers.
— Oui, mon capitaine. Il n’y a qu’à faire monter l’homme sur le glacis, par le petit escalier qui est derrière la cantine, et à le mettre sur le sentier. Il n’a pas dix mètres, ce sentier, et il aboutit au fossé, au-dessus de la casemate nord-est.
— Et… vous avez pris vos précautions ? demanda le major. C’est raide, vous savez.
— Raide ! fit le capitaine. Vous croyez qu’il parlera dans les journaux ?
— Non ! dit le major. Ou alors je me trompe beaucoup sur son compte. C’est peut-être un anarchiste ; ce n’est sûrement pas un cafard.
— Ni même un bavard ?
— Ni même un bavard. S’il avait voulu déjà… Et voulez-vous que je vous dise ? il m’est sympathique.
Le commandant Lecamus était présent. Envahi par l’obésité, il lisait beaucoup. Ses égaux en grade s’accordaient à lui reconnaître beaucoup d’intelligence ; car, ne se tenant plus à cheval, il devait bientôt prendre sa retraite. Et le commandant Lecamus prononça :
— Un simulateur ? Car, si vous lui laissez subir cette épreuve, c’est que vous le croyez un simulateur. Et il vous est sympathique ?