Marlis n’est pas un homme indélicat, il est aussi très prudent. Comment se fit-il que soudain Thérèse comprit ? Elle comprit et tomba des nues. Marlis ! M. Marlis ! Elle ne s’abandonna point à de grandes gestes ni à de solennelles protestations : elle reparla du portrait, tout bonnement.

— Vous ne m’avez donc pas entendu ? insista le peintre. Vous ne sentez donc pas que je suis votre ami, votre grand ami ?

— Mais oui, répondit-elle, je le sais bien, monsieur Marlis, que vous êtes mon ami, depuis longtemps !

Comme le sens du mot changeait, d’elle à lui ! Il en fut décontenancé. Pour Thérèse, elle n’éprouvait nul trouble, aucune émotion, mais au contraire une grande envie de rire, son premier accès de gaîté depuis des semaines. Marlis ? Voyons, elle le connaissait : il était M. Marlis qui venait, depuis tant d’années, s’asseoir dans ce petit salon et causer agréablement. Et il lui faisait pressentir qu’il souhaitait devenir son amant ! Même les plus honnêtes femmes ont pensé à l’amant, Thérèse y avait pensé : mais précisément comme à l’inconnu, comme à la magie de l’inconnu, à un rêve, à un idéal qui tomberait du ciel et ne ressemblerait à rien de ce qu’elle avait connu jusqu’ici sur la terre : Marlis, qu’elle connaissait, ce vieux Marlis !

Marlis n’était ni vieux, ni jeune : il se trouvait même à l’âge où les hommes sont le plus dangereux ; mais il était « de la maison ». Elle s’était trop habituée à lui. Il n’avait pas prévu cet écueil.

— Allez voir Charlet, dit-il, dépité, allez voir Charlet ! Vous avez bien noté son adresse ?

« Monsieur Marlis, songeait encore Thérèse après son départ. Mon Dieu, que c’est drôle ! »


Un matin, prenant la toile avec elle, elle se fit conduire en fiacre rue de Vaugirard.

Franchissant une porte cochère, elle découvrit un lieu qui lui sembla d’une douceur inattendue.