— C’est que je me trouve toujours mieux le matin, dit-elle. Il paraît que les neurasthéniques ne sont pas comme moi : je les plains, c’est le plus joli moment de la journée, on espère qu’il arrivera des choses. Le soir, on est déçue, ou fatiguée. Alors il faut être une grande dame, et s’arranger pour rester belle aux lumières ; je ne suis pas une grande dame.
La cousine hocha la tête. Elle avait vieilli tout doucement ; les nuits et les jours, les matins et les soirs lui étaient devenus indifférents, égaux. Toutes les heures alors conduisent à la mort…
— Tu es jeune, dit-elle tendrement. Il faut profiter de la jeunesse, mon enfant.
— Ah ! fit Thérèse, profiter de sa jeunesse, ce n’est qu’un mot : le bonheur vient des autres, et ils ne vous le donnent pas. On n’a pas le droit de le chercher, on ne peut pas choisir !
Et en même temps elle se disait : « On ne doit pas chercher le bonheur : mais un instant d’oubli, de consolation sans péché ?… Il est une heure, une heure un quart. S’il était venu ?… Mais il n’est pas venu. C’est impossible, je ne lui ai rien dit. Pourtant, s’il était là, et s’il repartait ? »
Alors elle avoua la vérité, une partie de la vérité, pour ne pas mentir, et tromper cependant.
Elle conta l’histoire du tableau, du tableau gâté qu’elle avait porté chez un restaurateur. Et elle devait écourter sa visite, reprendre le train pour savoir à Paris si le malheur était réparable.
Sa cousine la plaignit, en lui rendant sa liberté.
Et M. Charlet était là, devant l’église ! Elle le reconnut à peine : il avait un feutre noir, une cravate bleue à pois blancs, nouée « à l’artiste », un complet gris, des souliers jaunes, sa figure animée semblait plus jeune, et quand il vit arriver Thérèse il eut un sourire à la fois rapide et soumis, un sourire d’enfant à qui on a promis quelque chose, et qui le reçoit.
Il lui tendit les mains, il voulut lui dire qu’elle était bonne, qu’elle était délicieuse…