Quand on m’eut indiqué ma place à l’étude et au dortoir, mon père me dit que j’aurais mauvaise grâce à ne pas être satisfait, qu’il l’était, lui, pleinement, et qu’il comptait sur moi. Après quoi, il m’embrassa et partit. La dernière amarre était coupée ; je revins du parloir le cœur serré à m’étouffer, et je lus devant moi, en l’air, écrite avec des lettres de feu, la terrible inscription du Dante :

Lasciate ogni speranza, voi ch’ entrate[1] !

[1] Laissez toute espérance, vous qui entrez !

La portion d’enfer où l’on me conduisit d’abord, ce fut la cour de récréation. Une quinzaine d’élèves déjà rentrés y causaient entre eux, groupés autour d’un surveillant en soutane. J’eus un frisson, en me rappelant comment j’avais été accueilli, lors de mon entrée au lycée, par mes camarades de cinquième : la connaissance s’était faite à coups de poing et à coups de pied, aussi généreusement donnés que vivement rendus, et je ne fus sauvé d’une déconfiture complète que par l’intervention compatissante d’un vieux camarade dont tu sais le nom. Je t’en reste reconnaissant. Ici, qu’allait-il m’advenir, à moi lycéen ?

Le surveillant s’avança :

« Paul Ker, élève de rhétorique », lui dit le Père Préfet, qui m’accompagnait. « Ayez soin de lui ; ce sera un de vos bons élèves. »

Le surveillant me tendit la main et me mena au groupe :

« Un nouveau rhétoricien », dit-il. « Qui se charge de le piloter ?

— Moi, moi », répondirent deux des plus jeunes, qui me prirent chacun sous un bras, sans façons. « Allons faire un tour de promenade. Tu sais, nous en sommes aussi, de la rhéto : une classe de bons enfants, tu vas voir, et un chic professeur. Tu ne t’ennuieras pas. »

J’étais ahuri de cet accueil inattendu, mais me laissai aller.