Je répétai docilement : « Oui, mon Père, » — et je sentis que le filet m’envahissait.
On me présenta ensuite au Père Préfet (c’est le censeur) : il me plut moins que l’autre. Celui-ci personnifie le règlement : je m’en passerais volontiers. Pourtant il fut aimable et nous promena par tout l’établissement, nous expliquant tous les détails qui pouvaient nous intéresser, sans le fastidieux boniment auquel je m’attendais.
La boîte n’est vraiment pas vilaine. Il y a de l’air et du jour partout, même dans les sous-sols, où se trouvent les réfectoires. Les classes, les études sont spacieuses, les murs peints en couleur claire. La monotonie des longs corridors est égayée par des statues, par de jolies gravures historiques, militaires, artistiques, qui en font de véritables galeries. Dortoirs d’une propreté irréprochable, cirés, hauts et larges, avec des lavabos et des sommiers perfectionnés. Mais pas d’alcôves : les lits, à distance convenable, sont en vue les uns des autres. Le Père Préfet nous dit : « C’est pour apprendre aux enfants à se respecter, et l’air circule plus librement. » J’aurais préféré un coin fermé, pour pouvoir pleurer à mon aise » Mais il faut bien se plier. D’ailleurs, depuis trois jours que je fais comme tout le monde, l’habitude vient.
Je sens qu’elle viendra pour bien d’autres choses, dont je n’avais pas idée jusqu’à présent. C’est comme si j’avais changé de pays. A plus tard le reste. Je te serre la main.
Ton ami toujours,
Paul.
4. Au même.
9 octobre.
Mon cher Louis,
Ta lettre de condoléance, qui m’a tortillé le cœur, me prouve que je n’ai pas encore le pied aussi marin que je croyais. Oui, c’est l’exil ; oui, c’est une vie nouvelle à apprendre ; oui, c’est rude par moments. Mais déjà je n’ose plus trop parler de mon malheur. Pourquoi ? Écoute la suite de mes débuts.