Pour ce qui me regarde, ma mère a déclaré à mon tuteur qu’elle exigeait mon retrait immédiat de cette porcherie et que je n’y remettrais jamais les pieds. Le pauvre homme est navré de ce qui arrive. Ton père triomphe et va t’écrire.

Je reste avec ma mère et prendrai des répétitions jusqu’aux examens, qui ne sont plus éloignés. L’an prochain, mon frère, j’ai l’espoir que tu ne rentreras pas seul dans ton collège. A quelque chose malheur sera bon !

Ton dévoué,

Louis.

49. De mon père.

17 juillet.

Mon cher fils,

Pour l’ordinaire, j’abandonne volontiers à ta mère et à ta sœur le soin de te donner de mes nouvelles : ce sont deux fidèles secrétaires. Mais aujourd’hui je revendique mes droits de père de famille pour t’envoyer un mot de profonde satisfaction. Cela va te surprendre, car tu me connais par nature assez peu coutumier des compliments. Mais aussi ceux que je t’apporte ne vont à toi qu’en seconde ligne : ils s’adressent d’abord à d’autres.

Louis t’a appris les faits ignominieux qui viennent de jeter le déshonneur sur notre lycée, sur l’éducation qu’on y donne et malheureusement aussi sur plusieurs familles, jusque alors sans tache. Ce sont des choses profondément regrettables et je les déplore ; car, malgré tout, j’aimais encore l’Université : elle m’a élevé. Même quand une mère n’a pas été ce qu’elle devait être, on ne l’oublie pas. Dans mon jeune temps, d’ailleurs, il ne se passait rien de semblable. On avait encore le respect de soi et de la morale. On nous faisait encore le catéchisme, et il y avait des prêtres, non pas seulement pour confesser ceux qui en sentaient le besoin, mais dans le professorat et même dans l’administration.

En te plaçant au lycée où j’avais fait mes propres études, je ne soupçonnais pas les dangers que tu y courais et j’accusais d’exagération les inquiétudes perpétuelles de ta mère. Si je t’en ai retiré, c’est encore, surtout, parce que tu n’y travaillais pas suffisamment et que tu prenais des façons désagréables : le côté moral m’échappait.