Je me suis trompé et j’ai été trompé[5].

[5] Sans vouloir rendre toute l’Université responsable des faits cités, qui sont rigoureusement historiques, l’auteur croit devoir les appuyer de quelques témoignages plus généraux.

M. Sigwalt, membre du Conseil supérieur, a fait devant la commission Ribot cette déclaration : « La grande masse de nos élèves sont des enfants moralement abandonnés, et je n’exagère rien en affirmant que, quoi qu’on dise, nos élèves ne sont pas moralisés par l’instruction que nous leur donnons. » (Enquête, tome II, p. 148).

M. Rocafort : « Les pions d’autrefois, qu’on appelle maintenant répétiteurs, sont le plus souvent des jeunes gens inaptes à transmettre une éducation qu’ils n’ont pas eux-mêmes. » (II, 650.)

Un de ces répétiteurs, président de l’Association des maîtres répétiteurs, a dit le 1er novembre 1896, dans un banquet présidé par un député : « Le désir le plus vif des répétiteurs serait d’obtenir toutes les semaines un congé de vingt-quatre heures consécutives, de pouvoir de temps en temps vivre de la vie de tout le monde… » Nous supprimons le reste par respect pour nos plus jeunes lecteurs. (L’État éducateur, Auxerre.)

M. d’Haussonville répond à M. Lavisse : « Ni à Louis-le-Grand dont je suivais les cours, ni à Sainte-Barbe où j’ai été interne, personne ne s’occupait peu ou prou de notre éducation et de notre âme. » Et citant un mot de Mirabeau sur les grandes villes : « L’agglomération des hommes engendre la pourriture comme celle des pommes », il continue : « Sainte-Barbe était une agglomération de pommes. Bien peu échappaient à cette pourriture précoce… Il en était et il en sera, je crois, toujours ainsi, là où la surveillance qui doit s’exercer de jour et de nuit, de nuit surtout, sera confiée, non point à des hommes obéissant à une pensée de dévouement moral et religieux, mais à des jeunes gens en mal d’arriver ou à des déclassés en peine de trouver un gagne-pain. Partout où il y aura des pions, les enfants seront des pommes. » (Questions actuelles, 17 janvier 1903.)

« Si j’avais un fils, disait un vieux professeur universitaire, j’aimerais mieux le plonger dans une fosse d’aisance que de le mettre pensionnaire dans un lycée. » (Univers du 15 décembre 1903.)

Mais je me rappelle — en français — certain passage poétique que tu dois connaître en latin, où le vieux Lucrèce dit qu’il est doux d’assister de la terre ferme à la détresse des nautonniers surpris par la tempête. C’est ton cas, mon ami. Tu es sorti juste à temps de cette malheureuse galère, où peut-être ta vertu et l’honneur de ta famille auraient sombré, en compagnie de tes anciens camarades. C’est de ce bonheur que je te félicite, comme je m’en félicite pour moi-même.

Est-ce tout ? Non. Car si tu n’avais fait que changer de maison sans changer de façons, le profit eût été maigre et ma joie aussi. Ma joie maintenant, mon Paul, — je veux te le dire une fois sans détour, — c’est de voir que tu n’as plus rien de commun avec ces précoces gredins et que, devant leurs parents humiliés, tu me donnes le droit de marcher encore la tête haute. De cela je remercie tes maîtres et je te remercie.

Si tu en trouves l’occasion, dis-le-leur de ma part, en attendant que je puisse le faire moi-même de vive voix.