Il y a ici, et, paraît-il, dans tous les collèges des Jésuites, un usage qui n’a rien de correspondant au lycée et qui suffirait à mettre un abîme entre mes anciens professeurs et ceux-ci. Chaque jour, pendant l’étude de onze heures à midi, le corridor qui longe les salles d’étude se transforme en salle des pas-perdus. Les professeurs viennent frapper à la porte et, par l’entremise de l’élève portier, gros personnage aimable et discret, appellent tour à tour leurs élèves, surtout les plus faibles, et, tout en arpentant avec eux le parquet, revoient les copies, font rendre compte des fautes, donnent des conseils appropriés à chacun, quelquefois un reproche qui, fulminé en pleine classe, aurait été trop mortifiant, et puis les renvoient à leur travail, joyeux ou contrits, toujours encouragés à mieux faire.

Le lendemain de nos compositions de passage, assis à mon pupitre, j’observais depuis quelque temps ce va-et-vient, et cherchais à en lire la signification sur la physionomie diversement émue de ceux qui rentraient, quand on vint aussi m’appeler. Mon professeur était là, qui me demanda tout d’abord si je ne m’ennuyais pas trop, puis si j’étais un travailleur. Comme, à cette dernière question, je répondais d’un ton que ma conscience rendait assez mal assuré, il me dit :

« Je ne sais si, dans vos deux compositions de passage, vous avez donné tout ce que vous pouviez. La composition française témoigne d’une certaine facilité : les deux autres sont faibles. »

Je me crus perdu ; il le vit dans mes yeux, qui durent se troubler. Son regard se fixa sur moi durant quelques secondes, comme pour sonder mes dispositions ; puis il me demanda :

« Seriez-vous content de rester en rhétorique ? »

Deux grosses larmes répondirent pour moi.

« Et si je vous garde, me promettez-vous de ne pas m’en faire repentir ?

— Oui, mon Père.

— Eh bien, mon enfant, vous resterez avec moi. J’accepte votre parole : souvenez-vous que c’est une parole d’honneur. »

Je le remerciai, comme tu penses bien. Il m’indiqua les défauts et les lacunes de mes compositions, me dit sur quoi devait porter mon effort et me promit, à son tour, de m’aider dans la mesure de ma bonne volonté.