Je connais Lourdes ; je sais par mon expérience personnelle ce qu’on y éprouve ; après avoir eu le bonheur d’y aller prier déjà trois fois, j’y retournerais volontiers encore. Je ne suis donc pas étonné des joies intimes que vous y avez ressenties et des belles résolutions que vous en avez rapportées : les unes et les autres sont des grâces que vous ne laisserez point stériles, n’est-ce pas ?

Vous avez bien prié la Vierge Immaculée pour l’âme de votre cher papa : ayez confiance en Elle. A l’occasion d’un grand pèlerinage à Lourdes, j’ai été appelé à prêter mon ministère pour les confessions : j’ai constaté là, dans le secret du tribunal de la pénitence, plusieurs miracles de conversion, opérés par la prière à Marie et plus étonnants, à mon sens, que maintes guérisons du corps. Ce miracle se fera pour votre père et semble même déjà commencé, puisqu’il assiste maintenant régulièrement à la messe du dimanche. Continuez, mon cher enfant, avec votre sœur, à fortifier vos prières par tous les témoignages d’une affection vraiment filiale et d’une vertu sans exagération comme sans défaillance. Par là vous forcerez la grâce à descendre sur lui, peut-être bientôt. Je prie toujours avec vous.

Quant à votre brave ami Louis, veuillez lui dire qu’ayant, selon votre désir, plaidé auprès du P. Recteur la cause de son admission en Philosophie, j’ai le plaisir de lui annoncer que j’ai réussi. On ne met plus qu’une condition à son entrée ; mais je n’ose quasi pas vous la transmettre, par crainte de vous humilier… On veut qu’il s’engage à suivre vos exemples et, au besoin, vos bons conseils : s’il accepte, comme il y a lieu de le supposer, vous voilà terriblement engagé vous-même ! Vous sentez-vous de force à porter ce nouveau fardeau ?

Je comprends, mon pauvre Paul, que le scandale donné par vos anciens camarades et la réserve qu’il vous impose dans vos relations avec eux, vous chagrinent. Il y a peut-être une distinction à établir : rompez avec les grands coupables et les impénitents, laissez venir à vous et accueillez avec une bienveillance discrète ceux qui vous témoigneront des regrets sincères. Il ne faut pas éteindre la mèche qui fume encore. A vous deux, vous et Louis, il vous sera peut-être possible d’en sauver quelques-uns et de former un groupe de résistance au mal. Essayez, avec la grâce de Dieu et l’aide de Notre-Dame de Lourdes.

Je lui demande de vous protéger vous-même, mon fils, contre toutes les défaillances et de vous ramener au collège, dans quelques semaines, tel que vous êtes parti ou meilleur encore : je vous envoie dans ce but ma bénédiction et vous embrasse paternellement.

Mes respects à vos parents et mes amitiés à Louis.

Votre dévoué en Notre-Seigneur,

S. J.

58. De mon ami Jean.

12 septembre.