J’ai donc aussi à vous remercier, mon cher Paul, des satisfactions que vous m’avez données personnellement et du précieux appoint que vous avez apporté à l’entrain général. Vous en avez été récompensé par vos beaux succès de fin d’année, vos sept prix et votre diplôme, et mieux encore par l’assurance intime d’avoir rempli vos obligations filiales à l’égard de Dieu et de vos bons parents.
Hélas ! l’an prochain, vous ne serez plus mon élève ; je n’aurai même pas la joie de vous revoir à la rentrée : car l’obéissance m’appelle à travailler au bien de la jeunesse dans un autre collège, à X., où je dois encore professer la Rhétorique. Ce sera pour moi un sacrifice assez rude, je l’avoue. Mais le jésuite est le voyageur du bon Dieu : sa vocation l’oblige, selon le mot de certain brave Père, à avoir toujours un pied levé et l’autre… en l’air.
Je garderai votre souvenir, mon cher Paul, surtout dans mes prières, et serai heureux d’apprendre que vous serez pour votre futur professeur de Philosophie, le Père X., ce que vous avez été pour moi, un élève modèle. Et si, quelque jour, nous nous rencontrons sur l’un des mille sentiers qui se croisent dans la vie, je veux espérer que vous en éprouverez autant de plaisir que moi-même.
En terminant, je souhaite que les graves études de l’an prochain fassent de vous, avec l’aide de Dieu et de l’éducation chrétienne, un homme complet, digne de réformer l’Université de France ou du moins capable de tenir une belle place parmi les gens de tête et de cœur.
Je suis tout à vous en N.-S.
Votre ancien professeur,
S. J.
57. De mon Père spirituel.
8 septembre.
Mon cher enfant,