A deux heures, distribution solennelle des prix. Le discours obligé sur un sujet de haute pédagogie, cette fois, n’a paru ni trop long ni trop court, ni trop pompeux ni trop familier, et n’a ennuyé personne, par la bonne raison qu’il n’a pas eu lieu. On l’avait heureusement remplacé par un dialogue entre élèves sur les meilleurs plaisirs des vacances. Intéressant et moral… Ces Jésuites !
Aimez-vous la morale ? On en a mis partout,
… jusqu’au dernier jour de l’année, mais dissimulée en tartines si appétissantes qu’elle passe toujours.
J’ai partagé fraternellement avec Jean le prix de sagesse, décerné par le suffrage des élèves avec l’approbation des maîtres, et le prix d’honneur de philosophie. Chacun deux prix, un premier et un second : ce qui faisait pour chacun quatre plaisirs — sans parler de plusieurs autres couronnes que nous avons pu offrir sur l’autel, au grand salut du soir.
A cette cérémonie, nous avons aussi, une dernière fois, côte à côte, adressé ensemble au Dieu de l’Eucharistie, avec nos prières, la fumée de nos encensoirs. Dans quelques années, Jean montera à l’autel, et moi, trop heureux, je lui servirai d’enfant de chœur…
Puis enfin, le soir, j’ai pris mon pauvre gros cœur à deux mains, pour aller dire adieu aux Pères qui avaient été bons pour moi, c’est-à-dire, à tous ceux que je connaissais…
Et demain, je les quitte, mais pas tout entier : car mon cœur est à eux — à la vie, à la mort.
Paul.
AUJOURD’HUI
Mars 1903.