— Oh ! mon ami.

— Si encore je n’en avais que l’air !

— Mais, mon fils…

— Ah ! mon Père, je ne vous ai guère fait honneur. »

Et vlan ! sans demander permission, je m’écroule sur le coin de son bureau, me cachant la figure et sanglotant à me rompre la poitrine. Le Père alla donner un tour de clef à sa porte ; puis, revenant s’asseoir contre moi, il me passa le bras autour des épaules, comme aurait fait ma mère, et me dit :

« Vous souffrez, mon pauvre ami ?

— Oh ! mon Père, si vous saviez combien je suis malheureux !

— Dites-moi pourquoi : le voulez-vous ?

Si je le voulais ? J’étouffais sous le poids. Il sut tout ; je vidai devant lui jusqu’au plus bas fond toute la hottée de mes dix ans de garnison et terminai par mon projet de suicide héroïque. Il me laissa dire, ensuite me gronda doucement, comme un grand enfant, et, après une heure ou deux, fit enfin rentrer dans mon âme le calme, moyennant une bonne absolution.

Le lendemain, je revins communier à sa messe et nous convînmes, pour réparer mon honneur et celui du régiment, d’un moyen plus raisonnable que le revolver.