Chère petite sœur, tu es une bonne âme. Je t’ai écrit l’autre jour ne ne pas trop prier pour moi ; j’étais un sot. Durant ces trois jours, va te mettre le plus souvent que tu pourras devant la Vierge dont je t’ai fait cadeau et demande-lui pour moi, à deux genoux, tout ce que ton cœur aimant et pur t’inspirera. Ce ne sera jamais trop.
Cette lettre-ci, tu peux la montrer à maman. Qu’elle prie avec toi pour son mauvais garnement de Paul, afin qu’il se… convertisse. Le mot est lâché, il me soulage. Je vous ai souvent fait de la peine ; je voudrais mériter votre pardon.
Aimez-moi encore un peu.
Votre Paul.
11. A ma mère et à ma sœur.
1er novembre.
A quoi sert de vous écrire séparément, puisque, d’après l’aveu de Jeanne, vous me trahissez l’une à l’autre, à qui mieux mieux ? Où vais-je désormais porter mes secrets ?
J’en ai un bon à vous dire, aujourd’hui, et tellement extraordinaire que vous ne voudriez peut-être pas y croire, si un autre vous le disait ; mais moi, vous le savez, je ne mens pas : c’est ma seule vertu.
Écoutez une histoire : elle ne sera pas longue.
Il y avait une fois une grosse chenille qui faisait peur à voir, tant elle était laide et lourde et velue et goulue. Un beau soir, elle se mit en chrysalide, c’est-à-dire dans une espèce de boîte à métamorphoses. Elle y resta trois jours. Et, le quatrième jour, devinez ce qui en sortit…