Oui, que Dieu soit béni ! Tu ne sauras jamais combien ce mot, et ta lettre, et la nouvelle de ta conversion m’ont fait de plaisir et de bien. Il me semble que le bon Dieu t’a donné à moi une seconde fois. Et c’est un peu la vérité, puisque l’ancien Paul a disparu et que mon Paul d’aujourd’hui n’a plus gardé de son passé que son cœur filial, épuré et transfiguré par l’innocence reconquise, par l’amour de son Créateur et par la volonté de lui être désormais fidèle à travers tout.
Je ne te dirai pas, Paul, le nombre des larmes que m’a coûté ton âme et je ne t’en reparlerai plus jamais : qu’importe maintenant ? Elles sont mille fois rachetées par celles de ce matin, les plus douces de ma vie. Te voilà mon vrai fils ! Merci.
Après déjeuner, j’ai donné ta lettre à ton père. Il l’a ouverte avec empressement, comme toujours. Je l’observais. A mesure qu’il lisait, son front s’est plissé. A un moment, sans doute quand il t’a vu sorti de la chrysalide sous la forme d’un jésuite, il a eu comme un soubresaut. Mais il a continué jusqu’au bout, m’a rendu la lettre et s’est mis à se promener de long en large, sans rien dire. Seulement il était devenu très pâle.
Je lui demandai : « Etes-vous malade ?
— Non.
— Ou fâché ?
— De quoi ?
— De cette lettre.
— Elle m’a donné un coup ; mais… » Il hésitait.
— « Vous donnez tort à Paul ?