Mon petit frère chéri,
Je ne veux pas attendre à demain pour te dire, sous le secret de la confession, que papa est revenu ce soir enchanté de toi et de tout ce qu’il a vu et entendu au collège. Quand maman lui a demandé comment il t’avait trouvé, il a répondu : « Pas reconnaissable. C’est maintenant un garçon rangé, parfaitement rangé, et intelligent. Je n’aurais pas cru ! »
Tu juges si maman était contente. Pour allonger son plaisir et le mien, elle a fait parler papa, qui de sa vie ne s’est montré aussi communicatif :
« Est-ce qu’il n’a plus ses petits airs mauvais, vous savez, quand on le contrariait un peu ?
— Rien, plus rien. J’ai essayé deux fois, dans le courant de la sortie, de le taquiner : il n’a pas bronché. Les Jésuites l’ont dompté.
— Il avait peut-être peur de vous ?
— Lui ? Jamais il n’a été aussi affectueux. Il m’a raconté toutes ses petites affaires : il cause très bien. Je l’ai laissé commander notre dîner à l’hôtel : il s’est rappelé tous les plats que j’aime. Et ce qu’il y a de plus fort… Tu sais quelle moue désagréable il nous grimaçait, quand nous avions ici de la tête de veau, dont je raffole et où il ne touchait jamais ? Eh bien, il m’en a fait servir et il en a mangé, tout comme moi, sans l’ombre d’un dégoût. Tout le temps, d’ailleurs, il a été pour moi aux petits soins.
— En quoi faisant ? » demandai-je.
— « Par exemple, pour leur comédie, il s’est ingénié à me trouver la meilleure place, une première, d’où je n’ai perdu ni un mot ni un geste.
— Oh ! » hasardai-je avec intention, « il a fait ça par coquetterie, pour être vu dans son rôle ! »